Stringent & Tremulation pour piano estune commande du concour international André Dumortier. Œuvre imposée aux candidats venus d’horizons différents, cette pièce a été conçue comme une vraiepièce de concours. Le titre peut d’ailleurs, au-delà de ce que la musiquepropose, être mis en rapport avec les exigences d’un concours : la rigueuret le côté strict de ce type d’événement et le tremblement ou le stresse qu’ilpeut éventuellement occasionner. Comme il se doit dans ces circonstances, Strigent & Tremulation fait appel à la virtuosité des interprètes, sans pour autant négliger des paramètres aussi importants que le timbre et le rythme. Afin que chaque candidat puisse trouver l’occasion de s’exprimerpleinement, la pièce est organisée de manière à proposer différents typesd’énergies. Cette volonté d’ouverture nous a d’ailleurs conduit à organiser laforme en trois grands panneaux reliés par deux transitions.
Le premier panneau, jouant sur la mise enmouvement du son au travers de gestes extrêmement rapides et globalement assez statiques, met plus particulièrement l’accent sur la qualité du timbre ainsique sur la conduite contrapuntique. Dans ses premiers instants, la musique,tout en étant habitué de vibrations microscopiques, semble être comme figée.Ces microvibrations prendront ensuite, progressivement, de plus en plus deplace et finirons même, à la fin de ce premier panneau, par amener une énergieextrêmement mouvementée.
Une transition amène alors le deuxième volet de la pièce qui, syntaxiquement, favorise cette fois une dimension plus harmonique. Cette deuxième section de la pièce mêle les nouveaux éléments proposés avec des rappels de l’énergie de la section inaugurale.
Si l’harmonie est au centre de la construction, le rythme est lui aussi trèsprésent et demande une gestion de l’agogique toute particulière.
Une nouvelle transition, construite enplusieurs vagues successives et destinée à créer une tension – nous dirions même un suspense – amène alors la dernière partie de l’œuvre qui, outre ladimension polyharmonique très présente, propose des énergies rythmiques pouvantfaire songer par moment au jazz. Cette dernière section est particulièreexigeante pour l’interprète et plus particulièrement sur le plan del’indépendance rythmique des mains.
La pièce se termine par des gestes véritablement caricaturaux sur le plan de la virtuosité. Ceux-ci font, non sans humour, références à ce que nous qualifierions volontiers de« clichés ». Nous pensons particulièrement aux dernières au pianiste dans certains concertos de l’époque romantique. Ajoutons encore que sur le plan formel une lecture plus métaphorique et plus précisément Proustienne, est possible. En effet,la première section, pensée comme une sorte de méditation ou encore une rêverie, fait plutôt référence à un temps passé ou futur. La seconde section est à lafois, par le retour d’événements déjà entendu, un passé, mais aussi un futur puisque, entre autres, les harmonies de la troisième section y sont évoquées.Enfin, la seconde transition nous ramène progressivement dans un temps présent qui s’affirme pleinement dans la dernière section.