Program
Pétale contemplé de l’ombre
Note de programme
Ce quatuor à cordes est une œuvre sur le temps, la mémoire et le cycle de la vie.
Le mot Pétale représente quelque chose de fragile et d’éphémère, mais aussi quelque chose qui continue de se transformer en une nouvelle vie.
L’un des points de départ de cette œuvre fut un poème de Ono no Komachi :
« Les couleurs des fleurs se sont fanées en vain, tandis que je passais mes jours perdue dans les longues pluies et les pensées. »
Ce qui m’a profondément touchée dans ce poème est l’idée du kakekotoba — un procédé poétique japonais dans lequel un même mot porte simultanément plusieurs significations et plusieurs couches temporelles.
Par exemple, le mot furu peut signifier à la fois « la pluie qui tombe » et « le temps qui passe ».
J’ai voulu traduire musicalement cette superposition du temps : des sons dans lesquels passé et présent, mémoire et réalité, coexistent au même instant.
Cette œuvre a également été profondément inspirée par les lettres laissées par ma défunte grand-mère.
Lorsque je les ai ouvertes, j’ai eu l’impression que le temps se repliait soudainement sur lui-même, me ramenant aux moments que nous avions autrefois partagés.
J’ai donné naissance à ma fille il y a un an.
Et aujourd’hui, après avoir perdu ma grand-mère, je me surprends à regarder ma fille en
ressentant que ceux que nous perdons ne disparaissent pas simplement, mais continuent de vivre en nous à travers les générations.
J’ai l’impression que les souvenirs et le temps hérités de ma sœur et de ma grand-mère
continuent eux aussi de circuler silencieusement en elle.
Pour moi, cela ressemble à un arbre généalogique qui ne cesse de se ramifier et de grandir.
L’œuvre est jouée attacca et se compose de trois mouvements :
I. Arbre dans le regard
Depuis le présent, des pétales de cerisier tombant sont observés.
La musique demeure fragile et suspendue, évoquant la sensation d’un temps qui se dissout
lentement.
II. Mémoire
Ouvrir une lettre devient un passage vers la mémoire.
Différentes couches temporelles se superposent dans un même espace, dérivant ensemble à travers le son.
III. Arbre de vie
Le troisième mouvement débute par un accord explosif exprimant une douleur et une colère qui ne peuvent plus rester contenues.
Cependant, cette énergie se transforme progressivement en une sonorité qui s’enracine
profondément dans la terre tout en s’élevant vers le ciel.
Pour moi, cette image représente l’arbre généalogique : une vie qui continue à travers les générations, portant à la fois la douleur et l’espoir vers l’avenir.
Dans les premier et deuxième mouvements, j’ai cherché à créer l’intensité non pas à travers des contrastes dynamiques extrêmes, mais grâce à de subtiles variations de timbre, des inflexions microtonales et la sensation d’un temps suspendu.
Dans le mouvement final, en revanche, les émotions restées contenues jusque-là se libèrent enfin, se transformant en un climax lumineux et expansif.