Cinq chants érotiques, Livre I.

Catégorie
Instrument soliste et orchestre
2026
Compositeur(s)
Instruments
Voix de mezzo soprano
Petit orchestre
Durée
15 min.
Effectif
Voix (mezzo) et orchestre
Effectif complet

1, 1, 1, 1 - 1, 1, 1, 0 - piano - cordes

Comment

 

 

Cinq Chants érotiques - 1er Livre (2026)
(sur des textes de poétesses d'hier et d'aujourd'hui)
pour mezzo-soprano et petit orchestre

  1. Fragment 22 - Sappho (Grèce, VII et VI siècles av. J.-C) -
  2. Boulette de riz flottant - Ho Xiang Huong (Vietnam, 1772-1822)
  3. La balançoire - Ho Xiang Huong
  4. Je cherche un corps - Céline Lory (Belgique, aujourd’hui)
  5. La torche  - Marie Nizet (Belgique, 1859-1922)

Impulsion 1 : Je découvre en 2015 un cycle de Nouvelles chansons érotiques sur des textes de Celine Lory mis en musique par quelques artistes dont Pierre Slinckx. Depuis, les écrits de cette musicienne, performeuse et poétesse m’accompagnent au point d’avoir toujours voulu mettre en musique certains d’entre eux. 2026, une première incursion sonore dans son œuvre voit le jour ; ce ne sera pas la dernière.

Impulsion 2 :  Découverte du livre de Byung Chul Han, l’Agonie d’Eros, paru en français en 2022 sous le titre Le désir, ou l’enfer de l’identique. Ses chapitres captivants rejoignent mon intérêt soutenu pour la question de l’altérité. Y transparaît cette question qui nous concerne : L’érotisme se résume-t-il à imprimer sur autrui ses propres désirs, ou consiste-t-il en un lieu de sensualité et d’abandon de soi où l’inouï de l’autre peut venir s’épancher ? La deuxième option s’ouvre essentielle ; elle aide aussi à comprendre combien l’artiste peut aussi s’abandonner à ce qu’autrui et ce que le monde ont à nous communiquer. La création ne serait-elle pas érotique par essence ?

Impulsion 3 : trouver les textes, les poésies qui puissent me communiquer leur vibration intime. Un travail de longue haleine, d’autant que je voulais mettre des sonorités subtiles sur les mots de poétesses. Et de me rendre compte qu’elles étaient les grandes invisibles de l’histoire dès que l’on abordait le sujet de la poésie érotique. Peu de noms subsistent, la majorité de ces écrits étant largement oubliée. Recherche. Découverte d’un pan important et méconnu d’une littérature subtile, raffinée, qui traverse les siècles et les contrées.

 

Cinq chants voient donc le jour en 2026. D’autres suivront.
Pour ce premier livre, une progression expressive et temporelle (chaque pièce étant plus longue et plus intense que la précédente) souligne le sublime de ces poétesses choisies. Son point culminant, le chant consacré à Marie Nizet, écrivaine belge à la charnière des années folles. Elle s’y fait rêveuse tragique, « torche » des nuits hallucinées partagées avec son amant disparu. Elle clot ce cycle dans des couleurs sonores ambiguës, entre sensualité miroitante et vert-de-gris, tout en revendiquant le désespoir d’une reconnaissance encore à venir sous la forme d’un rap rageux situé entre Sprechgesang et voix parlée. Céline Lory la précède dans sa belgitude, « cherchant un corps » sous une musique sinueuse, déhanchée. Sonorités magiques pour tenter de servir au mieux la beauté de ces phrases lancées au creux de notre écoute.

Quant aux trois premières pièces du cycle, elles s’ouvrent sur le monde et l’histoire. Quelques vers de la célèbre Sappho sur une musique de courbes presque archaïques inaugurent ce Livre. Les poésies de la courtisane vietnamienne Ho Xiang Huong (XVIIIe siècle) ponctueront les deux pièces suivantes. Ne vous fiez pas à leur apparence futile ! S’y cache le tragique suintant du flottement musical, comme pour mieux souligner la question de Byung Chul Han. Autre dissonance, le crissement orchestré de « la balançoire » qui traverse le troisième chant pour nous rappeler l’oscillation humaine entre « être de désir » ou « objet de désir », une condition sensuelle souvent grinçante !

Création:  le 24 avril 2026 à l'Auditorium Harry Halbreich de Mons - Aveline Monnoyer, mezzo et l'Orchestre d'Arts2 sous la direction de Nicolas Kruger

______________________________________________________Textes

 

1. Sappho (Grèce, VII et VI siècles av. J.-C)

Fragment 22

Traduction poétique :

Viens, approche…
Que tes mains se posent sur mon épaule,
et que ton souffle s’unisse au mien.
La chair frissonne,
le cœur s’enflamme,
et je me consume dans le désir.

 

2. Ho Xiang Huong (Vietnam, 1772-1822)

Boulette de riz flottant

Traduction poétique :

Mon corps si blanc, mon corps si rond
Flottant, sombrant, au gré des eaux
Qu’on me pétrisse, qu’on me brise
Qu’importent les mains qui me façonnent
Je garde au fond mon cœur de feu

 

3. Ho Xiang Huong

La balançoire

Traduction poétique :

Je m’élance, je m’élève,
Le ciel descend, le garçon regarde, 
mon jupon vole, le vent s’y glisse.
La fille cambre sa taille de guêpe.
Qui veut voir, n’a qu’à lever les yeux.

 

4. Céline Lory (Belgique)

Je cherche un corps

Je cherche un corps. Pour oublier le mien. C’est faux. Je cherche un corps pour connaître le
mien. C’est faux. Je cherche un corps pour rien. Que le plaisir d’un autre corps. C’est faux. Je cherche un corps pour pousser le mien dans ses derniers retranchements. Je cherche un corps pour mes yeux. Dans lequel ils pourront se vêtir. Je cherche un corps pour ma bouche. Dans lequel elle pourra se mettre à nu. Je cherche un corps pour mes mains. Dans lequel elles pourront se remplir. Je cherche un corps pour mon ventre. Qu’il sache où il est. Je cherche un corps pour mes cuisses. Qu’elles connaissent leur force. Je cherche un corps pour mon corps. Dans lequel il piochera un instant. 

 

5. Marie Nizet (Belgique, 1859-1922)

La torche

Je vous aime, mon corps, qui fûtes son désir,
Son champ de jouissance et son jardin d'extase
Où se retrouve encor le goût de son plaisir
Comme un rare parfum dans un précieux vase.

Je vous aime, mes yeux, qui restiez éblouis
Dans l'émerveillement qu'il traînait à sa suite
Et qui gardez au fond de vous, comme en deux puits,
Le reflet persistant de sa beauté détruite.

Je vous aime, mes bras, qui mettiez à son cou
Le souple enlacement des languides tendresses.
Je vous aime, mes doigts experts, qui saviez où
Prodiguer mieux le lent frôlement des caresses.

 […]

Je vous aime, mon coeur, qui scandiez à grands coups
Le rythme exaspéré des amoureuses fièvres,
Et mes pieds nus noués aux siens et mes genoux
Rivés à ses genoux et ma peau sous ses lèvres...  

Je vous aime ma chair, qui faisiez à sa chair
Un tabernacle ardent de volupté parfaite
Et qui preniez de lui le meilleur, le plus cher,
Toujours rassasiée et jamais satisfaite.

[…]

Je suis le temple vide où tout culte a cessé
Sur l'inutile autel déserté par l'idole ;
Je suis le feu qui danse à l'âtre délaissé,
Le brasier qui n'échauffe rien, la torche folle...

Et ce besoin d'aimer qui n'a plus son emploi
Dans la mort, à présent retombe sur moi-même.
Et puisque, ô mon amour, vous êtes tout en moi
Résorbé, c'est bien vous que j'aime si je m'aime.

 

Crédits :

1 - 3 : traduction des originaux (grec et vietnamien) par chatGPT, revue et arrangée par le compositeur
4 - © Céline Lory, Écriture automatique – 12 juin 2017
5 - Marie Nizet, Pour Axel de Missie, 1923

Date de création